LE BRUIT ET L'HORREUR
Les auteurs aiment dire que l'Enfer c'est les autres. Rectification. "L'Enfer c'est de survivre chez les autres". C'est ce que m'a dit un ami sans-papiers devant un car de C.R.S, un samedi après-midi à Chàteau Rouge. Ce jour-là, je n'avais pas saisi toute la portée de ses paroles. Le 25 août dernier, un incendie se déclare dans un bàtiment insalubre du 20 boulevard Vincent Auriol dans le XIII` arrondissement de Paris. 17 personnes, dont 14 enfants, tous d'origine africaine, sont tuées. Le 29 août à 22h00, un autre incendie fait 7 morts dont 4 enfants dans un immeuble vétuste du III` arrondissement squatté par des familles africaines.
L'odeur de la mort, le bruit des hurlements. Un tapage nocturne qui précède un tapage médiatique. La France apprend que sur son sol, les conditions de vie des immigrés sont dramatiques. Il y a quelques années, moi, j'ai appris ce qu'un chef d'État français pouvait penser d'une famille malienne : j'en ai encore mal. Vous devez savoir, monsieur le président, que dans votre pays ceux qui vivent dans le bruit souffrent en silence, meurent en silence.
Je suis arrivé en France il y a seize ans. J'ai eu le temps de voir qu'ici, les Africains n'ont pas le mal du pays. Ils ont le pire du pays. Quand j'évoque la Négritude, c'est pour mettre en lumière les espoirs, les rèves, les obstacles, les dérives qui accompagnent la communauté noire dans un contexte occidental difficile voire hostile. La douleur est profonde. Facile à dire ? Non, difficile à taire.
Que je me rassure. Les rescapés des incendies seront relogés. Et on me dit que demain tout ira bien. Bien sûr que demain tout ira bien. Puisque l'égalité et la fraternité sont des devises suprêmes au pays des Droits de l'Homme riche. Puisque la formule "Black, Blanc, Beur" sonne si bien quand elle est aboyée par les chroniqueurs sportifs les soirs de victoire au Stade de France.
Puisque dans les urnes, 20 % de mes compatriotes plébiscitent "par accident" un borgne convaincu par l'infériorité de ma race. Puisque les politiques et les éditorialistes de tous bords manipulent les chiffres de l'immigration en ignorant tout de la vie d'un immigré. Puisqu'il faut croire que l'intégration est notre salut absolu, même si elle passe le plus souvent par le renoncement à notre identité, à notre culture, à nos traditions.
Puisque ce même principe d'intégration nous donne droit aux logements délabrés, au travail précaire, à la scolarité de seconde zone, à la justice à deux vitesses.
C'est ça, demain tout ira bien.